k-bulletin nr.3 <kollektive/arbeit>
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des hiérarchies plates + des écrans d'égo dans un extérieur collectif
versions néoliberales de la subjectivation

étant demandé de parler de groupes ou de collectifs, je ne veux le
faire qu'à partir d'une espèce de projet, à savoir organiser et faire
survivre un travail culturel et politique dans des formations collectives
ou -- si pas vraiment collectives – du moins avec des partenaires égaux.

le nouveau centre à berlin est une sorte de codage des activités collectives, non-commerciales, marginales ou soi disant innovatrices. le centre est appelé ‘centre’, en allemand mitte, là se trouve aujourd'hui le vieil arrondissement de l'est, des ruines parfois et aussi des tas de nouveaux bâtiments de l'administration et des entreprises. mitte est plein de groupes, de teams, de projets dans des domaines souvent sans intérêts économiques, comme des petits clubs illégaux ou des galeries indépendantes, mais aussi plein de projets avec un futur assuré par de grands capitaux, et c'est très souvent difficile de les distinguer.
la techno est bien le modèle de tout ce développement, la techno, c’est l’histoire d’un mouvement de clubs organisés indépendemment, sans intérêts commerciaux. et ce ‘sans-intérêt-commercial’, était un aspect très important, impliquant un scénario de valorisation ou une auto-valorisation + et aussi un chèque à blanc de la motivation et du
sujet qui est motivé.

la techno s'est aujourd'hui transformé en entreprises, en agences de scouts (chasseurs de talents) ou de consulting pour alimenter les strategies de marketing des entreprises globales.

en été 1998, me trouvant à paris, j'etais étonné d'entendre partout parler de la love parade à berlin. il y avait des articles, des émissions-live sur plusieurs chaînes françaises -- presque plus qu'à berlin. c'est bien évident: la techno, la love parade et la vie des clubs en général sont un facteur primordial dans la compétition des places des villes, un mélange de la culture, de l’économie et du travail des scènes marginalisées.

le chancelier schröder n'est pas le seul à l'observer avec bienveillance les voilà, les kids du papier schröder-blair, qui a stimulé bien des controverses en france. on attend une nouvelle génération de foundateurs d'entreprises, tout à fait comme il y a cent ans à l'époque wilhemienne.

mais la question fondamentale qui se pose est: est-ce qu'on trouve ici une vie auto-déterminée, auto-organisée? est-ce que les utopies de 68 se sont realisées ici après coup? ou s'agit-il plutôt d'un compromis entre la logique du capital et la logique 'authentique' des individus? ou au contraire: s'agit-il d'un aveuglement des gens, qui sont pris dans un esclavage intériorisé où tout le monde est d'accord. – c'est ni l’un, ni
l’autre.

l’organisation en groupe implique quelques difficultés par rapport à la place de l' individu: soit il éprouve le danger de passer au second plan et de se perdre, soit l'option d'une réussite individuelle corrompt le projet collectif.

je n'ai pas envie de parler ici des nos propres expériences dans le travail culturel ou mini-économique pour donner une démonstration de la vie en groupe et -- parfois -- de son échec. une question théorique m'intéresse plus, la tentative de comprendre les conditions de l'état subjectif, pour répondre à la question qui se pose constamment : pour quel but sommes-nous actifs, pressés et sans relâche?

si on veut analyser soit le travail culturel soit le travail soi-disant 'productif' (on parlerait différement s'il s'agissait d'organisations familiales ou patriarchales) je crois qu'il faut, pour des raisons théoriques, baser l'analyse sur les paramètres de la subjectivité -- cela aussi lorsqu' on parle de travail dans des groupes ou dans des équipes. les conditions capitalistes -- et cela concerne la version postfordiste ou postmoderne du capitalisme-- ne permettent une adhésion forte à des groupes que sous la condition de contradictions graves. ceci parce que le neolibéralisme renforce le risque d'état individuel, par la disparition de plusieurs garanties sociales: on doit soi-même s'occuper de soi.

l'état subjectif entre stimulation et menace pourrait être analysé d'une façon psychologique, à travers les effets de la peur ou de l'incertitude, ou d'une façon psychanalytique, le lieu du sujet comme vide, etc, comme le fait slavoj zizek en popularisant lacan partout dans les feuilletons allemands.

je m'intéresse plus pour une démarche non-psychologique, qui ébauche une formation de l'ego, qui est forcé de se prendre en charge, de maîtriser les aspects d'être seul, de l'espace intérieur, du projet de soi-même, de l’entrepreneur individuel, d'être seul dans une voiture gadget, 'je roule seul/e', le surfing que l'on fait seul avec l'ordinateur dans les rayons d'action sans corps dans internet – une espèce d’économie individuelle où chacun/e croit entretenir un management.

dans quelle mesure le sujet artiste est-il/elle un modèle, parce qu’il/elle croit se rendre objet? il/elle est censé(e) concevoir sa sensibilité, ses prédilections et ses expériences comme l'origine et le produit de soi. c'est de cette façon qu'a décrit l'historienne d'art svetlana alpers le peintre rembrandt dans son livre 'rembrandt comme entrepreneur' pour l'époque du capitalisme en formation en hollande au17ième siècle. il est difficile de penser le franchissement du cercle subjectif pour un travail vraiment collectif, mais malgré cela une organisation en groupe dans le champs de l’art est possible et a lieu. et en plus: l'organisation collective répond parfaitement aux nouveaux besoins de re-penser travail et paiement, le fétiche qui se trouvait dans le salaire et qui est en train de se transformer.

le projet pratique dont j’ai parlé et le projet théorique qui m’intéresse se trouvent surdéterminés par un projet plus grand à l'échelle de la societé, à savoir l'offensive néoliberale, qui se traduit par l'élargissement des domaines du travail, la stimulation de l'individu à montrer de l'initiative, la dé-régulation des temps de travail et de la sécurité sociale. le sujet se trouve comme sous courrant électronique, ou de stimulation ou de menace, mais il se trouve aussi isolé; les hiérarchies plates, les notions flexibles du travail et des rôles sont les conditions d'effectivité demandées, permettant aussi le home-work (le travail à la maison), ...

groupe/équipe/collectif
que veut-on dire par 'groupe' ou 'collectif'? on ne comprend pas par là une collectivité en sens strict, comme dans les pays de l'est sous l'influence de la révolution communiste, ni au sens des années soixante. il y a -- tant que je sache -- une grande différence entre la situation en france et celle en allemagne. en allemagne, le projet de vivre ensemble était très important pour toute une démarche politique de gauche non-orthodoxe et plus tard pour les ainsi nommés mouvements sociaux anti-atomiques.

l’idée de vivre ensemble en dehors de la famille se retrouve partout
dans la societé comme une option, comme une possibilité de vie. elle a été tellement popularisée qu'elle a perdu ses revendications politiques, mais la collectivité avait autrefois comme but une véritable abolition des intérêts de l'ego, un partage de la situation financière, c’est à dire un défi au concept bourgeois de la propriété individuelle. il s’agit de s'occuper
ensemble de la vie quotidienne, des enfants etc. , de surmonter la division du travail entre production et reproduction et entre les sexes.

aujourd’hui ça existe encore, mais de façon très marginalisée. cette option reste encore malgré tout le phantôme de beaucoup de discussions en rapport avec le travail collectif

la compréhension contemporaine de la collectivité implique un autre modèle, approvisionné par les rapports avec la musique et la culture jeune. en premier lieu la musique, plus tard, non-historiquement, c'est à dire maintenant, la culture entrepreneuriale.

l'appropriation
les propositions d'antonio negri, de maurizio lazzarato et d'autres pour concevoir des nouvelles formes de travail dans une approche économico-théorique sont très intéressantes dans ce contexte. ils sont beaucoup discutés dans certains cercles en allemagne -- et beaucoup controversés. leur propos est grosso modo que les nouvelles formes de travail font un emploi croissant de la subjectivité. ça a lieu dans une telle envergure, que les travailleurs et travailleuses se retrouvent dans une auto-détermination forcée, et que le régime de l'usine n'existe plus. negri et d’autres observent dans certains domaines une appropriation des moyens de production. quelqu'un/e fonde une entreprise, détermine tous les rapports sociaux et économiques, et voilà, il ou elle fait ce qu'elle veut.

leur argumentation se tient proche des expériences italiennes des années 70 d'une force de travailleurs très developpée. dans une situation de modernisation impliquant des licenciements énormes, les travailleurs pouvaient revendiquer de grands dédommagements, qui leur ont permis de ne pas travailler et ainsi de développer des structures nouvelles et efficaces pour un travail futur. negri et d’autres en découlent une situation où les travailleurs ne sont plus aliénés comme auparavant. c'est leur propre espace -- oui, on pourrait continuer ainsi avec un certain cynisme: comme dans leur propre voiture, qui est devenue le gadget primaire de l' auto-détermination des sujets, surtout des hommes, mais pas seulement.

leur raisonnement a un parallèle avec l’idée répandue que 68 était une revendication des populations dans les pays industrialisés de surmonter la régime rigide de l'usine qui était ressenti et conçu comme un empêchement systématique à la vie ‘authentique’.

découvrir la vie quotidienne, se trouver, la libération sexuelle -- il y a eu partout dans l'histoire d'après 68 des obstacles graves: la libération sexuelle n’a pas facilité la communication entre les sexes et n’a pas rendu la société heureuse, se trouver est la boîte noire d’une difficulté de se prendre en charge et – enfin -- la vie quotidienne est devenue loisir ou travail au foyer, qui est encore quelque chose à la fois dévalorisé et surmenant – et, de façon plus importante, quelque chose qui est encore gravement mal partagé entre les sexes.

l’appropriation des moyens de production et l’établissement d’une subjectivité productive ommet toutes les différences: il y a une croissance des prestations de services élaborés, mais les prestations très simples sont en encore plus forte croissance. et en dernier lieu tous les travailleurs et travailleuses illégaux n’ont aucune possibilté de développer quelque chose dans leur travail, et sûrement pas leur subjectivité.

le concept de l’appropriation des moyens de production ne voit pas qu' une importante section du travail, tout le domaine classique de la
reproduction, c'est à dire aussi la domaine de l'économie dans le sens de faculté de gérer sa vie, est un travail mal partagé: vie sociale,
communication dans des relations amoureuses, enfants...

arlie russel hochschild a enquêté parmi les employés/es d' une entreprise utilisant des techniques de "total quality management" et trouvé que la plupart des employés se sentent plus à l’aise au bureau que chez eux. chez eux, tout est difficile à gérer, sans gratification – les enfants sont ingrats, le ou la partenaire est déçu/e, les attentes d'une vie pleine sont impossibles à accomplir.

l’état subjectif, version neo-libérale
qu’est-ce qu’il se passe, quand quelqu’un se retrouve avec les moyens de production qu'il est lui/elle-même, s’achète par example un ordinateur et commence à développer ses facultés dans un environnement qui englobe: le comportement social, les intérêts larges, la perséverance et qu'il/elle éprouve à la fin que la monnaie/la devise dont il fait l’investissement (le temps, l’envie ou aussi l’argent) est en somme la meme chose que sa paie.

la notion de la monnaie, il faudrait en dire plus dans cette contexte.

sur cet base seulement on peut aborder la question de comment on se trouve mis à profit et aussi en quoi consiste ce que l'on garde soi-disant pour soi, cette chose propre qui est tellement importante pour toutes les individus. la chose propre était quelque chose d'important dans l’art, c’était la source de la production artistique, pour l'épanouissement d’un charactère artistique. maintenant elle est importante dans des domaines croissants. pourquoi pense-t-on qu’il faut nécessairement faire quelque chose, parler devant un public, pourquoi est-ce qu’on éprouve une urgence de réussir dans un projet.

cette interaction entre un groupe et un individu qui se trouve dans une telle situation et se demande quelle évidence le/la pousse à travailler pour un projet très mal payé ou – comme il est souvent le cas– un projet pas du tout payé, que l'on fait pour soi ou pour un but quelconque.

voilà la sens de la vie, la motivation en soi d’une espèce d’accumulation primitive. et en meme temps c’est aussi le contraire, tout ce qui nous empêche de faire ce que on voudrait faire.

stephan geene
mit hilfe von pauline boudry
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